Article de GreenUnivers par Victor Cormier

Fondée en 2002 par EDF, Oxand a d’abord grandi en développant un logiciel de modélisation du vieillissement des infrastructures énergétiques et industrielles. Après des missions telles que prolonger la durée de vie du génie civil des centrales nucléaires d’Engie ou modéliser le cycle de vie des usines Michelin, la PME a opéré depuis 2008 un virage vers le bâtiment. Plus standardisé, ce secteur lui a permis d’affuter son logiciel Simeo en réalisant plus de 10 000 modèles prédictifs.

En digitalisant des données structurées et synthétisées, Oxand entend définir des stratégies de rénovation et identifier les risques, en intégrant une variable budget pour « investir le bon euro au bon moment ». Alors que le nouveau DPE est de nouveau utilisable depuis le 1 er novembre après sa suspension fin septembre, l’augmentation du nombre de passoires thermiques devrait déclencher des rénovations mais également pousser à la maintenance prédictive.

« Smart data »

Aussi appliquées aux ouvrages d’art tels que le viaduc de Millau, les solutions numériques d’Oxand génèrent aujourd’hui 14M de chiffre d’affaires dont un peu plus de la moitié est issue des bâtiments. Parmi ses clients bien établis, l’entreprise de 80 collaborateurs compte de grands propriétaires comme le ministère des Armées ou de nombreuses collectivités territoriales. Les bailleurs sociaux ne génèrent pour le moment qu’1 M de revenus mais c’est sur ce segment que Rémy Jacquier, président exécutif, anticipe la plus forte croissance. Selon une étude du bailleur social Clésence, le nouveau DPE pourrait augmenter le nombre de passoires thermiques de l’habitat social de 7% aujourd’hui à 12%. Ce diagnostic laisserait ainsi envisager un triplement de l’activité d’Oxand sur les deux prochaines années sur ce segment.

« Notre valeur ajoutée ne provient pas d’une armée de capteurs installés dans les bâtiments mais des milliers de scénarios de vieillissements déjà modélisés par notre logiciel », affirme Rémy Jacquier. L’entreprise ne se revendique pas de la « big data» mais de la « smart data », capable de fournir des modèles précis avec un nombre restreint de données pertinentes collectées chez ses clients. « Les bailleurs sociaux utilisent souvent des outils numériques archaïques comme Excel ou même s’ils utilisent des logiciels de GTP (Gestion Technique de Patrimoine), ceux-ci ne donnent qu’une photographie court-terme », développe-t-il. In fine Oxand fournit lui un schéma directeur de maintenance et de travaux, un guide pluri-annuel indiquant les opérations les plus importantes en fonction d’un budget prédéfini.

Centraliser les données

Exemple d’une recommandation apportée par Oxand, les toitures terrasses. Elles seraient de grandes oubliées de l’entretien alors qu’il s’agit d’un des éléments les plus onéreux à rénover. L’entretien des chaudières est également un point clef du regard apporté par le logiciel. « Il nous est arrivé de voir des installations remplacées 2 fois en 3 ans lors de changements de bailleur social, et cela parce que la connaissance est mal centralisée », cite par exemple Godefroy Champeaux, manager chez Oxand. La PME a notamment été choisie par ICF Habitat Novedis, filiale logement social de la SNCF ou encore par l’OPH (Office Public de l’Habitat) Courbevoie Habitat.

Habitat social gestion logement

La norme IFC employée par les logiciels de BIM ( building information modelling ), de plus en plus utilisés sur le neuf, est très proche de la classification Uniformat 2 employée par Simeo. Bien qu’encore peu nombreuses pour Oxand, les constructions neuves et leurs jumeaux numériques en BIM fonctionnent donc en « plug and play » avec Simeo, c’est-à-dire sans besoin de collecte de données supplémentaires. La « Championne 2020 » du pôle Systematic, dédié aux Deep Tech, s’autofinance depuis 2017 et réinvestit chaque année deux tiers de sa profitabilité dans l’amélioration de son logiciel. Celui-ci est commercialisé sous forme d’abonnement dont le prix dépend du nombre d’utilisateurs et de la taille du patrimoine à analyser.

Oxand a travaillé auprès de 3 000 clients en France et au Benelux où elle estime avoir encore un potentiel de croissance important sur les 3 prochaines années avant de viser l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Son capital est désormais détenu à 70% par le fonds de private equity tricolore Latour Capital, à 30% par la direction et, depuis cette année, par les collaborateurs.