Le piège de la gestion patrimoniale avec les risques visibles

Les scandales médiatiques liés aux accidents dans l’immobilier et les infrastructures semblent d’autant plus nombreux que les vidéos montrant les dégâts circulent facilement sur la toile : pont de Gênes ou de Mirepoix-sur-Tarn, viaduc de l’autoroute A6 vers Turin, toitures à Toulouse, complexe sportif à Saint-Pétersbourg. Ces défaillances entraînent une gestion dans l’urgence et un coût substantiel tant au niveau des budgets que de l’image. Comment prévenir ces catastrophes et mieux gérer le patrimoine ?

 

Les infrastructures sont complexes à rénover et à maintenir à leur niveau de performance optimal. Malgré leur robustesse, elles se dégradent lentement au fil des ans et les gestionnaires locaux doivent actuellement s’occuper de structures dont les composants ont plus de 50 ans. La détérioration progressive est d’autant moins visible que le personnel chargé d’inspecter l’état du patrimoine est restreint. En France, la gestion des 1 000 000 km de route et plus de 200 000 ponts est répartie entre diverses administrations.

gestion des km de route

Dans ce contexte, il est facile de comprendre pourquoi la gestion se fait « au visible », lorsque les dégâts sont déjà conséquents ou quand ils provoquent des réclamations chez les usagers. Les décideurs favorisent ainsi la maintenance corrective (réparation ou remplacement) au détriment de la maintenance préventive (réviser ou remplacer des éléments matériels avant l’apparition d’une avarie). Et comme il est toujours plus valorisant d’inaugurer de nouvelles installations que de justifier le déploiement de travaux gênant potentiellement les usagers de façon temporaire, on comprend vite pourquoi l’entretien est rarement une priorité.

 

En outre, la maintenance est souvent considérée comme une variable d’ajustement par les entreprises et par les collectivités territoriales, surtout en période de restriction financière. Rogner sur les coûts d’entretien leur permet de conserver de bons ratios financiers, même si de telles pratiques se révèlent catastrophiques sur le long terme. En négligeant l’entretien du patrimoine, d’une part elles accélèrent la dégradation du bâti et les risques de défaillances, d’autre part elles alourdissent les charges de fonctionnement. Remplacer entièrement un pont est bien plus coûteux que de refaire régulièrement la peinture de certains composants clefs. La prévision des opérations de maintenance sur le long terme favorise le lissage des budgets sur plusieurs années en procédant par étapes selon les priorités. En regroupant les travaux d’entretien, il est également plus facile de faire des économies et de gérer des appels d’offres.

 

Pour mieux anticiper les défaillances et hiérarchiser les attributions de budgets, il est nécessaire de faire un inventaire précis des installations. Dans le cas des administrations publiques locales, cette cartographie est rendue difficile par le fait que le patrimoine a été multiplié par 3 depuis la mise en place de la décentralisation en 1982. Ajoutons à cette question quantitative, un problème qualitatif lié aux les incertitudes sur la propriété des biens ou des croisements de propriété ainsi que de la multiplicité des modes de gestion possibles. Heureusement, il est toujours possible de partir de peu de données (voir article Commencer avec peu de données) afin de commencer la création d’un plan pluriannuel d’investissement ou d’un Schéma directeur du patrimoine foncier et immobilier.

 

L’établissement d’un calendrier des interventions peut se faire en s’appuyant sur les informations contractuelles du constructeur ou les entretiens, contrôles et vérifications techniques obligatoires. Toutefois, en fonction de la localisation (altitude, proximité avec la mer, etc.), des usages réels des installations, ou de l’historique des entretiens, les matériaux n’évoluent pas tous de la même manière. Grâce à notre expertise sur les lois de vieillissement et notre base de données enrichies par les retours d’expérience de nos clients depuis plus de 15 ans, nous sommes en mesure de prédire de manière plus fine l’évolution des installations et les besoins en maintenance afin de vous aider à choisir la stratégie la plus adaptée à vos contraintes et vos objectifs de performance.

 

Pour programmer des opérations de rénovation au bon moment, il faut adopter une politique de maintenance et des solutions techniques qui permettent de concilier la perspective stratégique à long termes et la vision opérationnelle à court terme. L’arbitrage entre les budgets et les ressources peut se faire selon les objectifs de risques et de performance (ISO 55000). Il suffit de collecter les données utiles pour commencer à formuler le programme le plus adapté en termes de coûts, performance et risques.