Tribune publiée par Le Télégramme

Rémy Jacquier est président exécutif d’Oxand, entreprise spécialisée dans la gestion de la sécurité des infrastructures (bâtiments, routes, ponts, réseaux électriques). Il réclame que les fonds du plan de relance soient mieux utilisés en ayant une vision plus claire des infrastructures qui sont à rénover.

A l’heure où le plan de relance américain frappe par son ampleur et son opérationnalité, le plan de relance européen, ses déclinaisons nationales et territoriales semblent manquer de visibilité. Si les mesures d’urgence sont indispensables, elles ne peuvent se substituer aux investissements.

Relancer ce n’est pas dépenser c’est investir. Quelle nuance ! Pour investir, il faut se tourner vers l’avenir et donc avoir des projets. Le bâtiment et les infrastructures sont des cibles naturelles et les établissements et les collectivités publiques en tant que grands propriétaires doivent être les fers de lance de cette relance.

Afin d’éviter que cette relance s’inscrive dans une logique de dépense et se limite à la réutilisation et à l’accélération de projets déjà bien avancés (et qui auraient probablement été exécutés dans tous les cas), il est indispensable de mieux connaître et d’anticiper l’évolution de son patrimoine immobilier et d’infrastructures. Or, de nombreuses collectivités et établissements n’ont pas vraiment cartographié leurs patrimoines et se retrouvent à gérer leurs bâtiments, leurs routes, l’éclairage public et les réseaux (eau, électricité, gaz et consorts) au coup par coup.

Cette situation n’est pas une fatalité et il existe des approches permettant d’y remédier.

Tout d’abord, connaître son patrimoine ne consiste pas à tout regarder, tout instrumenter, tout inspecter. Un médecin n’a pas besoin de diagnostiquer tous les organes de son patient quand il sait que seulement quelques données ciblées permettent de couvrir 99,9% des risques. Le bâtiment et les infrastructures fonctionnent de la même façon : avec quelques données utiles sur certains composants, il est possible de concevoir un programme d’investissements priorisés et utiles aux citoyens.

Ensuite, le bâtiment et les infrastructures vieillissent et les défauts d’aujourd’hui peuvent devenir les défaillances de demain. Des modèles prédictifs permettent de simuler le cycle de vie du bâtiment et des infrastructures pour anticiper les risques et ne plus les subir. Sans tomber dans le catastrophisme en évoquant les accidents marquants des dernières années comme ceux de la rue d’Aubagne à Marseille ou du pont de Mirepoix-sur-Tarn, un programme de travaux anticipé est trois fois moins coûteux que des travaux faits en urgence. L’urgence et l’imprévision coutent cher tandis qu’une programmation bien pensée peut rapporter gros. La connaissance du patrimoine doit ainsi être couplée à une gestion prédictive dans le but d’investir de façon efficiente dans le temps.

Enfin, la transition énergétique du bâtiment et des infrastructures n’est pas juste une pancarte à accrocher à des travaux déjà dans les tuyaux (« green washing ») mais bien une orientation qui conduit à réinterroger les programmes avec des objectifs clairs et quantifiables de réduction des émissions carbone. Une stratégie patrimoniale se doit aujourd’hui, pour des raisons réglementaires (décret tertiaire) et pour répondre aux attentes croissantes de la société, d’intégrer une stratégie « bas carbone ». Si des modèles prédictifs permettent aujourd’hui d’éviter de faire une étude pour chaque bâtiment, chaque pont et de raisonner dans une logique de parc, il n’y a pas de raison de ne pas appliquer la même approche à la décarbonation du bâtiment et des infrastructures.

Les établissements publics et les collectivités publiques connaissant leurs patrimoines, anticipant son évolution dans le temps et se dotant d’une vraie trajectoire de réduction des émissions pourront ainsi réellement relancer leurs territoires au bénéfice des citoyens, des entreprises et inventerons un avenir plus efficient et plus durable.

Relance Territoires