En France, nous avons la chance de bénéficier d’un service de production et de distribution des eaux très performant. Lorsque nous ouvrons un robinet, nous avons toujours de l’eau qui coule, et pas n’importe quelle eau : une eau potable d’excellente qualité. Notre réseau est dimensionné de façon suffisante, et la capacité des services publics est supérieure aux besoins en fourniture et traitement d’eau.

Et pourtant, tout n’est pas rose dans le monde de l’eau ! Il est urgent de se pencher sur la rénovation du patrimoine, qui est vieillissant. Où en est-on aujourd’hui ? Quels sont les impacts d’une stratégie d’entretien et de renouvellement insuffisante ?

Production, distribution et traitement de l’eau : un patrimoine vieillissant

C’est un fait établi en France : les équipements qui servent à produire, stocker, acheminer et traiter l’eau sont vieillissants.

Si on regarde uniquement l’état des canalisations, la moitié d’entre elles ont plus de 40 ans. Le taux de renouvellement est faible (0,6% du linéaire par an). A la clé, des risques potentiels importants : qualité de l’eau potable dégradée, fuites des réseaux d’assainissement, rupture dans la continuité de service ou incapacité à faire face à des pics de consommation…

Mais l’état des canalisations n’est qu’un élément du problème, le plus connu : derrière le réseau se cachent les châteaux d’eau, les réservoirs, les usines de traitement… Équipements de traitement des eaux et génie civil : c’est tout l’écosystème de la gestion des eaux qui est victime de carences d’entretien.

Or, la qualité des réseaux d’eau est au croisement d’enjeux publics majeurs : sanitaires, sociaux, environnementaux, financiers. La thématique de l’eau est d’ailleurs le sixième Objectif de Développement Durable de l’ONU : « Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau ».

Comment explique-t-on les carences en termes d’entretien et de renouvellement dans les services publics de gestion des eaux ?

Deux causes sont généralement avancées : l’importance des coûts au regard de la visibilité des résultats, et la mauvaise connaissance du patrimoine existant.

Des coûts d’entretien et de gestion importants

Les coûts d’entretien et de maintenance des infrastructures de production, de distribution et de traitement des eaux sont très importants : on considère d’ailleurs que la maintenance et le renouvellement représentent 50% des coûts de gestion d’un service public de l’eau.

Le problème, c’est que ces coûts ne peuvent être appréhendés que dans une logique long terme : sur 15, 20, 25, 30 années ou plus. Or, les décisions d’investissement sont prises dans ces contextes plus court terme : la durée d’une mandature par exemple.

Tant que l’eau coule au robinet, et que le tarif de l’eau n’augmente pas trop, on se satisfait de la situation, et on a du mal à s’engager sur des investissements lourds, comme le remplacement d’un réservoir, ou la rénovation d’une usine de traitement. On se contente donc de maintenance curative, et lorsqu’il faut procéder à des arbitrages, les investissements sur les équipements sont rarement priorisés.

D’autant plus que collectivités et délégataires se renvoient la balle : pour la collectivité, la maintenance est du ressort du délégataire et elle ne s’y intéresse pas. Pourtant, c’est bien au service public de définir, en amont, la stratégie d’investissement à mettre en œuvre pour maintenir une qualité de service optimale.

Une mauvaise connaissance du patrimoine

En 2011, « plus de la moitié des services d’assainissement collectif avait un indice de connaissance inférieur à 40% » (Source : Fédération professionnelle des entreprises de l’eau). Difficile d’agir sur un patrimoine qui n’a pas été cartographié !

La loi n°2006-1772 du 30 décembre 2006 sur l’eau et les milieux aquatiques a tenté d’apporter une réponse à ce dernier problème, en mettant en place un système de gestion informatisé centralisé dédié aux réseaux d’eau français : la base de données SISPEA.

Depuis 2009, cette plateforme permet aux collectivités de rendre public un certain nombre d’informations sur la gestion, l’organisation, la tarification et la performance des services publics d’eau et d’assainissement. Mais comme le pointait un rapport de 2019 sur la gestion patrimoniale des réseaux d’eau et d’assainissement en France, les données de SISPEA sont incomplètes et manquent de fiabilité, de cohérence. Les personnes chargées d’alimenter SISPEA n’ont pas toujours toutes les cartes en main, de même que les collectivités. On se repose souvent sur le savoir informel d’agents, savoir qui se perd lorsqu’ils partent en retraite.

Par ailleurs, si SISPEA a poussé les gestionnaires à améliorer leur connaissance des circuits de distribution (canalisation), les données restent très parcellaires en ce qui concerne les usines de traitement, réservoirs de stockages et autres équipements.

Environ 30% des équipements et installations de génie civil ne sont pas finement connus : ils sont absents des inventaires, des diagnostics de maintenance, ne sont pas pris en compte dans la politique de renouvellement. Pourtant, 20 à 40% des besoins en investissement sont relatifs aux usines.

Résultat : une stratégie de maintenance peu performante

On constate donc généralement une stratégie de gestion patrimoniale qui repose essentiellement sur des actions de maintenance corrective, avec un horizon de temps assez court, calqué sur les durées de mandature ou parfois, sur la durée des contrats de Délégation de Service Publics (DSP). Par exemple, dans le cas des réseaux :

  • Lorsque les gestionnaires ont une vision très parcellaire de leurs réseaux, le taux de renouvellement de 0,8% est concentré sur de la maintenance curative.
  • Lorsque les gestionnaires ont une meilleure connaissance de leurs réseaux et qui les maîtrisent, le taux de renouvellement pourra être plus faible que la réglementation. Les gestionnaires programment donc des actions de maintenance supplémentaires de manière à atteindre l’objectif réglementaire. Par conséquent, ils font de la sur-maintenance.

Pourquoi mettre en place une véritable gestion patrimoniale ?

Pourtant, il est indispensable de mettre en place une vraie gestion patrimoniale dans le domaine de la production et de la distribution de l’eau ainsi que de l’assainissement, avec une vision long terme et un pilotage par les risques. La gestion patrimoniale des réseaux d’eau répond en effet à plusieurs enjeux majeurs : garantir la qualité de l’eau et de son traitement, performance des équipements, maîtriser le tarif de l’eau, contenir les dépenses publiques.

Impact sur la performance du service public de gestion des eaux

Le service public de l’eau remplit une mission fondamentale et doit respecter plusieurs critères de performance : la qualité de l’eau, la continuité du service et le respect de l’environnement. Des équipements en mauvais état font courir le risque, demain, de voir les performances dégradées.

Si on regarde en particulier la question de la continuité de service, on se rend bien compte qu’il faut préparer demain dès maintenant. Pics de consommation, sécheresse, augmentation de la population : autant de facteurs qui peuvent avoir un impact sur la demande en eau et ainsi, sur la capacité à fournir le service.
Planifier des investissements à long terme au lieu de se contenter de faire du curatif, c’est le seul moyen de faire face, demain, à une évolution de la demande. Anticiper pour ne pas subir : c’est notre leitmotiv, chez Oxand.

Prenons un exemple concret, avec une commune qui dispose de deux réservoirs d’eau. Ces réservoirs ont 75 ans et on sait qu’une intervention de maintenance est nécessaire.
Il est absolument nécessaire de planifier ces interventions, car pour maintenir la continuité de service, il est impossible d’intervenir sur les deux réservoirs en même temps. En effet, pour rénover un réservoir, il faut d’abord le vider : il va donc être immobilisé, inutilisable pendant 1 an. Surtout que quand on vide un réservoir qui a parfois 75 ans, on n’est pas à l’abri de quelques surprises…

réservoir eau à rénover

On voit bien, à la lecture de cet exemple, que sur de tels équipements la stratégie de maintenance doit être préventive, et planifiée sur le long terme. On ne peut pas attendre la défaillance pour programmer une intervention.

Impact sur le tarif de l’eau

Nous le disions plus tôt, la maintenance et le renouvellement des réseaux et équipements représentent 50% des coûts de gestion d’un service public de l’eau.

Considérant que les coûts de gestion représentent 80% du tarif de l’eau (eau potable et assainissement confondus), on peut donc déduire facilement que la part relative du coût de la maintenance et du renouvellement des équipements et infrastructures représente environ 40% du prix final de l’eau.

Ce n’est pas un calcul comptable, bien sûr, mais un ordre de grandeur qu’il faut garder en tête.

Avoir une politique de gestion patrimoniale fine, avec des investissements lissés dans le temps, c’est le meilleur moyen de maintenir une politique tarifaire juste et équitable.

Impact sur les dépenses publiques

Négliger la maintenance des équipements aujourd’hui, c’est créer la dette publique de demain. Si on contente aujourd’hui d’actions curatives, on accumule de la dette grise, c’est-à-dire un surcoût lié à la non-maintenance. Les dépenses futures peuvent être multipliées par 2 ou 3, à cause d’une décision budgétaire prise à un instant T.
La mise en place d’un Plan Pluriannuel d’Investissement sur le long terme permet in fine de diminuer les coûts d’investissement tout en maîtrisant les risques.

Comment combiner maîtrise des investissements et maîtrise des risques ?

La clé pour une gestion patrimoniale éclairée, c’est de sortir d’une vision court-termiste et curative, en passant sur une logique d’investissement de long terme et pilotée par les risques et des modèles prédictifs.

Nous accompagnons les acteurs de l’eau depuis des années pour trouver un équilibre entre renouvellement des installations, mise en place de programmes de maintenance légère et lourde, et maîtrise du niveau de risque, afin de diminuer la dette grise.

Les projets se déroulent en plusieurs étapes :

  1. Cartographie du patrimoine en reprenant les données structurées existantes (BIM, SIG, GMAO, référentiels internes), et en intégrant l’ensemble des actifs dans le logiciel Oxand Simeo, une base homogène et accessible à tous.
  2. Enrichissement des données dans Oxand Simeo avec l’état du patrimoine, les contraintes budgétaires ; alimentation d’une matrice des risques qui croise état du patrimoine et gravité associée ; application de modèles de vieillissement pour projeter dans le temps l’état du patrimoine et les risques associés.
  3. Elaboration du Plan Pluriannuel d’Investissement en simulant plusieurs scénarios de maintenance alimentés par des modèles prédictifs ; évaluation de la dette grise et des actions permettant de la diminuer dans le temps.
  4. Arbitrage des budgets : validation d’un scénario de référence, allocation des budgets aux services, communication avec les élus et le délégataire…
  5. Réalisation opérationnelle : à partir de la feuille de route, vous réalisez les travaux et mettez à jour l’inventaire au fil de l’eau.

En savoir plus sur la modélisation de votre PPI dans Oxand Simeo

Cette approche offre une vision unifiée du patrimoine, partagée avec toutes les parties prenantes.

Les avantages :

  • Optimiser la répartition des responsabilités entre délégataire et service public dans le cadre d’une DSP, fluidifier la communication et piloter le contrat, du début à la fin ;
  • Trouver le meilleur équilibre entre maintenance et investissement, et mettre en place des politiques de maintenance prédictive là où cela est nécessaire ;
  • Aligner vision technique et vision comptable du patrimoine, pour fiabiliser l’évaluation de la valeur du patrimoine définir des règles de gestion communes ;
  • Défendre les budgets avec des données objectives et opposables.