« Dès aujourd’hui, préparons la relance ! »

L’histoire ne fait pas de cadeaux ces derniers jours. Alors que nous prenons conscience de l’ampleur de la crise économique qui s’ouvre devant nous, la crise sanitaire a emporté Patrick Devedjian ancien ministre de la relance dont le plan avait contribué à atténuer les effets de la précédente crise de 2008. Ce dernier déclarait à l’époque « quand il y a le feu à la maison, on ne regarde pas la facture d’eau ». Les Etats semblent avoir retenu la leçon annonçant tous des plans de relance se comptant en centaines de milliards d’euros voire même en milliers de milliards si on regarde les Etats-Unis ou la Chine.

A l’échelle de l’économie française, il convient de s’interroger dès maintenant sur les facteurs clés de succès de la relance à mettre en œuvre dans le but d’éviter, une fois l’urgence sanitaire derrière nous, une déstabilisation durable de notre économie et de notre modèle social, déjà ébranlé par la crise des gilets jaunes et le mouvement contre la réforme des retraites.

Se focaliser sur les actions les plus génératrices d’emploi

Tout d’abord, le futur plan de relance devra se focaliser sur les actions les plus génératrices d’emploi et de valeur ajoutée sur le territoire national. L’écueil à éviter est celui de dépenses venant accentuer le déficit de la balance commerciale française en augmentant les importations, favorisant ainsi les entreprises étrangères au détriment des pépites françaises. L’investissement dans les secteurs de l’immobilier et des infrastructures permet de prévenir cette situation en proposant des projets de rénovation et de développement pourvoyeurs d’emplois à court terme et de valeur ajoutée sur le moyen-long terme. Notre immobilier et nos infrastructures sont vieillissants alors même que les enjeux de transition énergétique, de nouvelles mobilités et de diversité des usages conduisent à une exploitation de plus en plus intensive de ces actifs. Nous connaissons par ailleurs une véritable pénurie de logements alimentant la hausse des prix. Notre pays a longtemps été un modèle d’aménagement du territoire, la crise que nous vivons actuellement est l’occasion de nous rappeler les vertus économiques et sociales de ce modèle.

 

Ensuite, pour être efficace durablement, le prochain plan Marshall « à la française » devra être un plan d’investissements et non un plan de dépenses. Chaque euro mobilisé doit l’être à bon escient. Tous les projets n’ont pas vocation à se faire ou à être financés. La loi du « premier arrivé, premier servi » est à proscrire si nous souhaitons que la future relance ne soit pas un « feu de paille » mais bien un ensemble d’actions rationnelles générant un réel retour sur investissement. Les projets seront évalués, priorisés, sélectionnés et adresseront ainsi des risques et des opportunités tangibles, pour aujourd’hui et pour demain. Il convient de construire à cette occasion un patrimoine immobilier et industriel porteurs d’avenir afin que la dette qui financera la relance soit soutenable pour les générations futures.

 

Faire émerger des champions numériques français

Enfin et pour une fois, la France apparaît dans son organisation institutionnelle mieux préparée que ces voisins allemands, italiens ou espagnols pour relancer. Notre Etat est centralisé contrairement à beaucoup de nos partenaires européens. L’Etat et ses établissements, les grandes collectivités territoriales (régions, départements, intercommunalités et communes), les entreprises publiques (SNCF, EDF, etc.) et les bailleurs sociaux sont des atouts précieux pour mettre en œuvre un véritable « new deal » à effets quasi-immédiats si leurs actions sont bien coordonnées. En 2008, avait été créé un ministère « de mission » pour une durée de deux ans dont le rôle était justement d’être chef d’orchestre de l’action publique de relance économique afin que les finances promises se déversent au bon moment, au bon endroit et dans l’économie réelle. C’est aussi certainement une des dernières occasions de faire émerger des champions numériques français à travers une commande publique ciblée sur nos PMEs et ETIs et ainsi réduire notre dépendance digitale aux Etats-Unis et à la Chine.

 

La relance qui suivra cette crise sanitaire peut inventer un monde plus durable, plus vert et plus juste à condition que nous sachions agir vite, choisir les bons projets et nous organiser. L’immobilier et les infrastructures sont des secteurs qui souffrent depuis plusieurs années d’un déficit d’investissement. Cette crise est également la possibilité d’un sursaut nous permettant de réussir tout à la fois la transition énergétique, la réduction de la fracture territoriale et la digitalisation de notre économie.

Rémy Jacquier

Rémy Jacquier, Président exécutif d’Oxand

Editeur de logiciel, Oxand est leader européen de la PredTech’ spécialisée dans la maintenance prédictive et l’optimisation durable de la performance des actifs immobiliers et des infrastructures.