Relance des territoires : à l’heure où nous parlons pourtant d’économie décarbonée et de relance, l’urgence semble avoir pris le pas sur l’investissement, et les nouveaux projets de travaux peinent à se lancer. Le compte pour soutenir durablement l’économie n’y est pas encore.

Le patrimoine public, c’est-à-dire les bâtiments et les infrastructures de l’Etat et des collectivités territoriales ainsi que les logements sociaux, représente de l’ordre de 1 800 milliards d’euros de valeur vénale et 60 milliards d’euros de dépense annuelle. Le plan de relance prévoit un peu plus de 4 milliards d’euros pour financer des travaux choisis pour leurs gains énergétiques et leur rapidité de lancement, soit… 0,3 % de la valeur !

En parallèle, l’investissement public devrait se contracter de plus de 7 % en 2020. Que se passe-t-il au pays de Colbert, alors même que les économistes poussent à une relance par le bâti et les infrastructures, secteurs par nature pourvoyeurs d’emplois et créateurs de valeur durable ? Au-delà du recyclage des projets (qui auraient dans tous les cas été budgétés) et des enjeux de finances (dotations), l’une des raisons du retard à l’allumage de la relance des collectivités est à chercher dans la méconnaissance de leur patrimoine et l’absence de stratégie patrimoniale pour la majorité d’entre elles. Les deux sont d’ailleurs liées : beaucoup de collectivités territoriales manquent de données sur leurs actifs et peinent à élaborer une vision pluriannuelle robuste soutenant le tissu économique.

Politique d’« asset management »

Des efforts ont été faits à la suite de nombreux rapports de la Cour des comptes, mais du chemin reste à parcourir pour passer à une véritable politique d’« asset management ». Paradoxalement, la France a su développer un écosystème innovant avec des bureaux de contrôle et d’études de premier plan ainsi que des solutions technologiques et logicielles permettant d’acquérir de la donnée dans des délais raisonnables et de l’exploiter pour agir vite et prendre les bonnes décisions. Ces solutions se heurtent à une culture digitale trop faible des collectivités ainsi qu’à des équipes souvent chargées par la multiplicité des dossiers et les « urgences » à traiter. A cela s’ajoute un formalisme des marchés publics trop peu adapté au déploiement de l’innovation. Il est crucial que le plan de relance s’attaque à ces blocages à court terme, afin de permettre aux collectivités territoriales de disposer de la donnée utile et préalable à la définition de vrais plans d’investissement.

Cette entreprise est possible et passe par l’acquisition de nouveaux logiciels et/ou technologies, ainsi que par des relations plus partenariales avec les fournisseurs. Il s’agit d’investir au bon moment, au bon endroit et à moindre coût. Les cas d’usage sont nombreux : « monitoring », « évaluation des risques » et « analyse prédictive »… A l’heure où le citoyen exige plus de transparence, d’efficience et moins d’émission carbone, les gains sont significatifs et portent sur les grands enjeux de la prochaine décennie que sont la rationalisation de la dépense et la transition verte.

La France sera ainsi en capacité de rénover son patrimoine public tout en pérennisant deux de ses atouts économiques : la qualité de ses infrastructures et son excellence technique et technologique.

Rémy Jacquier

Rémy Jacquier

Président exécutif d’Oxand, éditeur de logiciels de gestion prédictive du bâtiment et des infrastructures